Chères consœurs, chers confrères,
On ne discute plus, on frappe. Ou on crie, on insulte, on menace. Ce qui se passe dans nos rues, sur nos écrans et parfois dans nos assemblées a quelque chose de commun : l’action violente remplace la parole, et la réponse simple, souvent fausse, remplace la complexité du réel. C’est plus confortable, au fond. Désigner un coupable demande moins d’effort que comprendre un système.
Et nos cabinets n’échappent pas à cette contagion. Ils en sont même devenus l’un des réceptacles. Le patient qui n’a pas trouvé de médecin traitant, celui qui attend un rendez-vous depuis des semaines, celui qu’on a renvoyé d’un numéro à l’autre, arrive chez nous chargé d’une frustration qui ne nous est pas destinée. Mais c’est sur nous qu’elle tombe. Parce que nous sommes là, accessibles, en face. Parce que nous sommes, disons-le, les derniers à écouter encore.
C’est le paradoxe le plus cruel de notre métier : la violence frappe précisément ceux qui portent l’écoute et l’humanité du soin. Les médecins, en premier lieu, mais aussi les infirmières, les secrétaires, les pharmaciens. Tous ceux qui, comme l’écrivait Camus, « ne pouvant être des saints […] s’efforcent cependant d’être des médecins ».
Nous ne demandons pas à être des saints. Nous demandons à pouvoir faire notre métier en sécurité.
C’est pourquoi le Conseil de l’Ordre et l’URPS médecins en partenariat avec l’ARS, organisent le 14 octobre, à partir de 12 heures, dans les locaux de Midi Libre, une journée consacrée aux violences faites aux soignants. Une journée de réflexion, oui. Mais surtout de propositions concrètes, parce que les constats, nous les connaissons tous.
Agir sur la violence, c’est aussi agir sur ce qui la nourrit. Le docteur Théo Combes, président de la Fédération des Acteurs de la Coordination en Santé en Occitanie, décrit dans cette lettre ce qu’il appelle « l’effet boule de flipper » : ce patient ballotté d’un interlocuteur à l’autre, sans fil conducteur, et qui finit par exploser. Se coordonner, c’est d’abord éviter cela. Ce n’est pas un luxe organisationnel, c’est une mesure de prévention.
Enfin, parce que l’intelligence artificielle s’invite déjà dans nos pratiques (que nous le voulions ou non), nous lançons une grande enquête sur vos usages. Qui l’utilise, pour quoi faire, avec quelles attentes et quelles craintes ? Vos réponses nous permettront de dresser un état des lieux honnête et d’orienter notre accompagnement là où vous en avez réellement besoin.
Prenez dix minutes pour y répondre. Et venez le 14.
Confraternellement
Jean-Christophe Calmes, président de l’URPS Médecins libéraux