
Le calendrier a parfois de l’ironie. Au moment précis où la loi Garot revient au Sénat avec son arsenal de régulation à l’installation, l’Assurance maladie publie un bilan qui dit l’exact contraire de ce que prétendent les partisans de la contrainte. En 2025, les installations de généralistes ont bondi de 32 %. Et dans les zones déficitaires — celles-là mêmes que la loi prétend « sauver » — la hausse atteint 45 %. Sans coercition. Sans quota. Sans autorisation préalable.
Alors posons la question simplement. Pourquoi légiférer pour contraindre une profession qui, libérée, recommence à s’installer ?
Car c’est bien là le risque. Une loi qui transforme le choix d’installation en parcours d’autorisation administrative ne corrige pas un désert : elle décourage. Et le moment ne pourrait être plus mal choisi. Les jeunes confrères ne fuient pas l’exercice ; ils fuient ce qu’ils perçoivent comme une perte de maîtrise sur leur métier. L’enquête Fondation Jean-Jaurès / Doctolib de mai dernier le montre bien : l’accès aux soins se stabilise par endroits, le délai moyen en médecine générale reste autour de trois jours, mais les renoncements restent massifs. Le problème n’est pas que les médecins refusent de s’installer. C’est qu’ils sont trop peu nombreux encore, pour absorber une demande qui explose.
Or l’attractivité ne se décrète pas. Elle se construit. Un médecin libéral est aussi un chef d’entreprise — il choisit son lieu, son organisation, son équilibre de vie. Lui retirer ce choix, c’est miser sur la contrainte au moment exact où la liberté commence à porter ses fruits.
Donc oui, soyons clairs. Nous partageons l’objectif : que chaque territoire ait ses médecins. Mais on ne remplit pas un désert en menaçant ceux qui pourraient le peupler. La vraie politique d’accès aux soins, c’est celle qui rend le métier désirable.
Pas celle qui l’enferme.
Jean-Christophe Calmes, président de l’URPS des médecins libéraux