C’est étrange comme les préconçus tombent…
D’un côté, on parle d’« imprévisibilité », de « charge administrative », de « désert médical » ; de l’autre, on passe deux jours à Carcassonne avec des internes, des installés, des élus, et ce qui ressort, c’est… du bonheur.
Yvagwencia Michel, interne en médecine générale, dit quelque chose de très simple :
« Il faut se jeter à l’eau et donner une chance à l’exercice libéral. »
Ce n’est pas un slogan, c’est une expérience vécue. Et ce qui est frappant, c’est qu’au bout du compte, ce n’est pas la technique, ni même la sécurité financière qui l’emporte, mais la liberté d’être soi, au bout du jour, dans un cabinet qui ressemble à son envie de soigner.
On a trop longtemps présenté l’installation en libéral comme un plongeon dans l’inconnu, avec le sentiment d’être seul sur un bout de territoire en manque de médecins. Pourtant, ce que raconte la journée de Carcassonne, c’est tout autre chose : un territoire, un cadre, un réseau, des questionnements communs, des anciens qui ne parlent pas de rentabilité…
… mais de plaisir de soigner, de continuité de soins, de relations avec les patients et les collègues.
Et des jeunes médecins qui, au bout de quelques échanges, se mettent à dire :
« Mais finalement, je pourrais peut‑être l’envisager, moi aussi. »
Ce que nous ne disons pas assez, c’est ce que tous les jeunes médecins ont ressenti à Carcassonne ce jour‑là: le plaisir de voir des médecins libéraux qui parlent avec émotion de leurs patients, de leurs projets de maisons de santé, de leurs collaborations.
On demande aux jeunes médecins de « s’installer » comme on leur demanderait de faire un sacrifice.
« Allez, il faut y aller, c’est pour le collectif. »
Mais si on ne leur dit pas clairement que ce mode d’exercice peut être source de plaisir, de sens, de lien social et professionnel, on ne fait que les pousser dans un mur.
À Carcassonne, ce qui a changé, c’est le ton.
On ne leur parlait pas seulement de chiffres, de décrets ou de contrats de début d’exercice (même si tout cela est important).
On leur montrait des visages, des histoires, des parcours, des erreurs, des réussites, et surtout… des médecins qui, au bout de la journée, disent encore :
« Oui, je me sens bien dans ce que je fais. »
Et c’est ça qui est contagieux.
Alors, qu’est‑ce qu’on garde de Carcassonne ?
D’abord, l’idée que « se jeter à l’eau », comme dit Yvagwencia, ne doit pas être un acte de foi, mais un choix éclairé.
L’URPS, Méd’In Occ, les CPTS, les forums, les séminaires, ce sont des passerelles, pas des obligations. Ils offrent des repères, des témoignages, et surtout l’opportunité de découvrir que le libéral, ce n’est pas un modèle unique, mais une mosaïque de façons d’exercer.
Ensuite, le fait que le bonheur d’exercer en libéral n’est pas un secret à garder pour soi. Il faut le nommer, l’assumer, le dire clairement aux étudiants, aux internes, aux jeunes installés : l’exercice libéral peut être une forme de liberté, de créativité, de contribution à la vie de son territoire.
Et enfin, que si on veut vraiment renouveler nos effectifs, on doit apprendre à parler de ce plaisir à soigner, à exercer, à construire, plutôt que de se limiter à des discours de survie.
Parce que ce n’est pas la peur, mais l’envie, qui fait bouger les jeunes médecins.
Jean-Christophe Calmes, président de l’URPS Médecins libéraux