Evaluation des maisons de santé

MSP d’Occitanie : arrêt sur images

Les Maisons de Santé Pluriprofessionnelles (MSP) se sont installées petit à petit dans le paysage sanitaire français. D’une vingtaine sur le territoire national en 2008, le nombre des MSP a dépassé le millier cette année. L’Occitanie en compte 124. Il a semblé temps à l’URPS de saisir une image de ces établissements régionaux de soins de premier recours pour apprécier le ressenti des médecins dans leur condition d’exercice et analyser les difficultés que les MSP rencontrent afin de permettre aux médecins qui souhaitent en créer d’éviter certains écueils.

« Plusieurs projets de maisons de santé pluriprofessionnelles se sont retrouvés en grande difficulté devant le manque de préparation et de concertation entre les professionnels de santé, les élus, l’ARS et l’URPS », dit le Dr Bruno Gay, responsable de la commission MSP organisations des soins primaires de l’URPS. « Pour exemple, une MSP dans les Corbières se retrouve avec un seul médecin pour exercer alors que quatre médecins proches de la retraite exercent seuls dans un rayon de 10 km. » Aux yeux du généraliste, le regroupement de ces médecins dans une CPTS paraîtrait logique pour l’amélioration de leur condition de travail et permettre, entre autres, une continuité des soins organisée.

« Dans la région des Corbières, aux alentours de Lézignan, il y a cinq médecins, dont trois âgés de plus de 60 ans, un de plus de 50 ans », poursuit le Dr Bruno Gay. Il ajoute : « un jeune médecin devrait normalement s’installer dans une maison de santé à Trèbes qui est actuellement vide. Mais il est terrorisé à l’idée de rester seul, et souhaiterait que les cinq médecins viennent s’installer dans cette maison. Je suis en contact avec eux. Il faut absolument que nous nous réunissions tous ensemble.  Un des rôles de l’URPS est d’expliquer, encore et encore, l’impérieuse nécessité de s’organiser et de changer les méthodes de travail. »

Des maisons médicales qui souhaiteraient être labellisées, des maisons de santé pluriprofessionnelles qui décollent difficilement, d’autres qui tournent parfaitement, le profil des MSP en Occitanie reste à dessiner.

Ayant fait de nouveaux modes d’organisation territoriale en santé une de ses priorités, l’URPS a décidé de faire un état des lieux de ces maisons à travers une étude confiée à deux cabinets de consultants toulousains.

« Au sujet de cette étude, nous parlons d’état des lieux, il s’agit plutôt d’un point d’étape », commente le Dr Jean-Louis Bensoussan, 1er vice-président de l’Union des médecins libéraux. Quant au Dr Michel Combier, secrétaire général de l’URPS, le médecin se veut rassurant : « cela ne veut pas dire que nous voulons donner des labels ou des notes aux MSP ».

C’est sans doute la raison pour laquelle il a fallu convaincre des élus de l’Union et certaines MSP qui n’étaient pas favorables à l’étude. Maurice Bensoussan et Bruno Gay ont informé ces médecins au travers d’un courrier pour leur expliquer que leur participation à cette étude était essentielle.

« Mieux connaître les MSP à travers des résultats quantitatifs, savoir comment elles fonctionnent, apprécier le ressenti des médecins dans leur condition d’exercice, la prise en charge des patients et la coordination du parcours de soin, et aussi faire remonter les difficultés que les MSP rencontrent ou qu’elles ont rencontré au moment du montage des projets, tels sont, dans les grandes lignes, les objectifs poursuivis par cette étude », dit le Dr Bruno Gay.

Il s’agit également de voir si, face au refus des jeunes médecins de s’installer dans un cabinet isolé, la MSP constitue la seule réponse, ou pour le moins la solution qui prédomine. « Je ne vois pas comment un jeune dans quelques années, pourrait accepter de s’installer autrement que dans une maison de santé ? », questionne Michel Combier, et d’ajouter : « Durant ma carrière, j’ai connu les trois solutions : le cabinet de groupe, le cabinet où je travaillais seul et la maison médicale qui est, selon moi, la solution la plus confortable ». Bruno Gay est du même avis : « dans cinq ans, il n’y aura plus de médecin dont l’exercice sera solitaire, 50 % des médecins seront vraisemblablement dans des MSP ». Jean-Louis Bensoussan est plus réservé : « Je ne veux pas mettre en avant la maison de santé pluriprofessionnelle comme la solution, je préfère parler d’exercice en équipe, que cela soit dans une MSP ou dans une CPTS.

Aujourd’hui, on compte un peu plus de 1 000 MSP sur tout le territoire français. Nous avons atteint un plafond de verre, et nous n’irons pas beaucoup plus loin en termes de nombre de maisons de santé pluriprofessionnelles, c’est-à-dire des professionnels réunis sous un même toit pour un même projet ».

En revanche, les exercices en équipe sur un territoire au travers des CPTS vont se développer. « J’estime plutôt que la moitié des généralistes seront, dans cinq ans, en CPTS, ce qui n’empêchera en rien que certains médecins seront seuls dans leur cabinet, que d’autres seront réunis au sein d’un même cabinet et seront voisins d’une MSP, mais tous travailleront sur un territoire pour un projet médical porté par les professionnels eux-mêmes. »

Cet objectif semble partagé par tous les membres de l’URPS, même si, comme on le voit, certains divergent sur le mode d’application. Car, derrière cet objectif se dévoilent la problématique des urgences, celle des soins non programmés, et celle de toute l’activité médicale au niveau d’un territoire. La population attend des médecins qu’ils soient présents et qu’ils continuent d’assurer un service pour tous. « C’est à l’échelle d’un territoire et au niveau d’un travail global en équipe qu’on peut répondre à cette demande, souligne le Dr Jean-Louis Bensoussan, et de répéter : « ce n’est pas au seul niveau d’une MSP aussi jolie soit-elle ! La maison de santé pluriprofessionnelle n’est qu’un des éléments de la panoplie de l’exercice médical en équipe. »

L’enquête se déroulera sous la forme de deux questionnaires, le premier adressé à 500 médecins des 124 MSP que compte l’Occitanie, le second aux responsables des maisons de santé. Cette enquête quantitative sera doublée par la suite d’une enquête qualitative qui permettra d’affiner un premier bilan.

« En mettant en exergue les besoins, les résultats vont, selon le Dr Michel Combier, forger notre expertise pour les nouveaux programmes. » En effet, l’analyse des résultats de l’enquête va aider les porteurs de projets à accélérer leur mise en route et ils lèveront plus aisément les obstacles.

« Il nous faut aider les médecins qui préparent des projets de MSP. Ils sont un peu perdus. Pour obtenir une labellisation, le chemin est long. Pourtant, le jeu en vaut la chandelle. L’attractivité financière n’est pas neutre », dit le Dr Bruno Gay. Ainsi une aide immobilière peut être octroyée à condition d’être en zone prioritaire, ainsi qu’une aide dite ACI (Accord Conventionnel Interprofessionnel). Ces aides reposent sur des critères socles et des critères optionnels. « Vous gagnez des points, explique le généraliste de Trèbes, si vous avez un secrétariat, si vous faites des réunions de concertation pluriprofessionnelle, si vous avez un service informatique sur serveur partagé. Avec suffisamment de points, vous pouvez obtenir annuellement 80000 € pour la structure, ce qui permet généralement de payer un coordonnateur, qui est un nouveau métier de santé. »

Le maître-mot reste donc l’organisation. « Si les médecins ne se réorganisent pas, on court à la catastrophe », dit le responsable de la commission MSP organisations des soins primaires de l’URPS. Selon lui, il faut créer au plan départemental des cellules auxquelles participent l’URPS, l’ARS, l’Assurance Maladie, et la FORMS (Fédération Occitanie Roussillon des Maisons de Santé). « Ces quatre acteurs doivent travailler ensemble de manière régulière pour pister les zones en péril et promouvoir une autre façon de travailler. Et c’est un problème à résoudre d’urgence», conclut-il. L’analyse quantitative des maisons de santé pluriprofessionnelles d’Occitanie constitue un pas supplémentaire dans ce sens.

Luc Jacob-Duvernet

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