Pourquoi les médecins libéraux ont raison d’être méfiants
 face aux groupements hospitaliers de territoire ?

par le Dr PATRICK SOUTEYRAND
Radiologue libéral, membre de l’URPS OCCITANIE

Si la réorganisation du secteur hospitalier mettant en place une graduation des soins et créant des GHT qui associent des centres hospitaliers importants et d’autres plus petits, ainsi confortés, parait logique et même souhaitable, elle ne saurait se faire au détriment du secteur libéral surtout quand celui-ci existe déjà dans le territoire et, de plus, qu’il est bien organisé et donne toute satisfaction aux usagers.

Le plus mauvais exemple est le projet du GHT CHU de Montpellier-Sud Aveyron (c’est à dire principalement le CH de Millau) portant sur Clermont l’Hérault, ville de 9 000 habitants au sein d’un bassin de population en pleine expansion et située à l’intérieur d’un triangle Montpellier-Béziers-Lodève, villes dotées en scanners.

Le GHT demande l’autorisation d’exploitation d’un scanner à Clermont l’Hérault, scanner dont les examens seraient interprétés soit sur place, soit par téléradiologie par des médecins du CHU de Montpellier, ce dernier projetant à cet effet le recrutement de deux PH. Des consultations avancées du CHU en Orthopédie et Gynécologie sont par ailleurs en phase de développement.

Ce secteur ne manque pourtant pas d’acteurs libéraux et entre autres d’un cabinet de radiologie installé depuis plus de 40 ans à Clermont l’Hérault. Il est géré par un groupe de 12 radiologues libéraux qui assurent aussi le fonctionnement du scanner de Pézenas situé à seulement 20 kms. Ce centre est d’ailleurs pris comme exemple par le Conseil National de l’Ordre :

  • Le cabinet de radiologie est situé dans des locaux neufs où viennent consulter 30 spécialistes représentant 19 spécialités et il participe à une CPTS (Communauté Professionnelle Territoriale de Santé).
  • Il assure de façon contractuelle l’imagerie en radiologie conventionnelle et l’échographie du Centre Hospitalier voisin.
  • Pour les patients du territoire, il assure toute l’échographie (obstétricale entre autres), la radiographie conventionnelle qui garde toujours des indications, la radiologie dentaire et surtout le dépistage du cancer du sein (il assure entre 10 et 12 % de l’activité dépistage du département de l’Hérault !).
  • Il a le soutien de la Maison médicale de garde (pourtant située dans les locaux du CH) ainsi que de l’association Santé Lib Cœur d’Hérault qui regroupe une centaine de professionnels de santé libéraux.
  • Tous ces radiologues exercent en secteur 1 sans dépassement d’honoraires.

Pour ce qui concerne l’implantation d’un scanner, les radiologues ont déposé une demande d’installation auprès de l’ARS, après avoir appris fortuitement le projet du CHU, auquel ils n’ont pas été conviés à participer.

Si ce projet exclusivement hospitalier venait à voir le jour, le centre libéral devrait fermer à terme, dans l’impossibilité de trouver de jeunes successeurs pour réaliser uniquement une imagerie conventionnelle sans adossement à une imagerie en coupes, demain seule pertinente dans de nombreuses indications.

Où iront alors les Clermontois pour réaliser un simple panoramique dentaire, une échographie obstétricale ou une mammographie de dépistage, toutes activités non pratiquées par le CHU ? Cette demande va à l’inverse des recommandations du G4 de Radiologie (regroupant radiologues publics, libéraux et société savante de radiologie) qui préconise des plateaux d’imagerie complets permettant de proposer au patient la technique la plus adéquate en fonction de la pathologie recherchée.

Installer une imagerie moderne dans un tel bassin de population est à l’évidence cohérent et légitime, mais l’attitude agressive du CHU envers le secteur libéral présent depuis si longtemps dans le territoire est non seulement inélégante mais surtout inappropriée. La ressource médicale est trop précieuse pour la gaspiller dans des territoires où sont déjà présents des professionnels prêts à répondre à tous les besoins de la popula- tion si on leur donne les autorisations requises, en particulier pour implanter un scanner.

Voudrait-on aggraver le climat de méfiance qu’inspire aux libéraux la volonté hégémonique du secteur hospitalier ?

Le verdict des autorisations sera rendu au plus tard fin octobre. Souhaitons que la raison l’emporte.

 

PATRICK SOUTEYRAND , radiologue libéral, membre de l’URPS Occitanie

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