Chirurgie ambulatoire : « un changement de point de vue nécessaire pour poursuivre la dynamique »

La chirurgie ambulatoire a atteint une phase où son développement va passer par une logique de parcours patient ville-hôpital, a décrit Sophie Martinon, directrice générale de l’Agence Nationale d’Appui à la Performance des établissements de santé et médico-sociaux (Anap)

Sophie Martinon et Stéphanie Aftimos, responsable « utilisateurs » à l’Anap, étaient auditionnées par la Mission d’Evaluation et de Contrôle des lois de financement de la Sécurité Sociale (Mecss) de l’Assemblée nationale sur le thème de la chirurgie ambulatoire.

La directrice générale de l’agence a estimé que le développement de la chirurgie ambulatoire a été un « bouleversement majeur » dans les pratiques et les prises en charge, tout en représentant « d’abord et toujours un projet d’amélioration de la qualité des soins et du service rendu aux patients ».

« On est arrivé peut-être à la fin d’une phase si on veut poursuivre la dynamique. […] Il y a sans doute un changement de point de vue à avoir sur le sujet de la chirurgie ambulatoire », a soutenu Sophie Martinon.
Cette dernière a jugé que, « si on veut aller plus loin », il faut « considérer que ce n’est pas l’acte qui est ambulatoire, c’est le patient. […] Cette focalisation sur le patient permet d’élargir beaucoup plus fortement la réflexion. »

Selon elle, « pour qu’un patient soit ambulatoire aujourd’hui, il y a trois conditions à réunir ». La première est « toujours la qualité et sécurité des soins », la deuxième est la réponse aux « besoins et souhaits » du patient, le fait d’être « rapidement remis » et de « rester peu de temps à l’hôpital ». La troisième condition est « l’adhésion et l’acceptation du modèle par l’environnement du patient, […] un entourage suffisant pour qu’un retour à la maison puisse se passer dans de bonnes conditions », mais « aussi et surtout son entourage médical et les personnes en charge de sa santé au quotidien« .

Ces trois éléments « font qu’on met l’accent sur le lien ville-hôpital, la sécurisation, l’identification des progrès qui peuvent être menés entre l’amont et l’aval de la prise en charge hospitalière » et « la structuration des parcours ». L’Anap mène actuellement des travaux sur ces sujets, en particulier « sur l’identification des bonnes pratiques organisationnelles en matière de sécurisation du lien ville-hôpital ».
Des travaux ont également été engagés sur « la structuration des parcours en santé », notamment.

Sophie Martinon a noté que l’Anap ne « travaille plus directement » sur le sujet de la chirurgie ambulatoire lui-même car « il y a un socle disponible de connaissances, d’outils, de démarches qui est important ».

Par ailleurs, l’agence nationale propose depuis mars des appuis thématiques concernant notamment la chirurgie ambulatoire, « qui consistent à accompagner une équipe liée à un projet de transformation organisationnelle ». Après « une première phase de diagnostic », une « phase de suivi va s’étaler sur environ 12 mois ».

La « prise de conscience est réelle »

Sophie Martinon a estimé que l’hôpital est prêt à « basculer » vers une logique de parcours en association avec les professionnels libéraux et les établissements médico-sociaux, car la « prise de conscience est réelle », mais « qu’on n’y est pas encore »« On constate qu’il y a une phase d’apprivoisement entre les acteurs du territoire, que souvent il y a peu d’endroits où ils se rencontrent », et ils se connaissent « très peu »« Il y a un travail d’interconnaissance, de création de confiance pour construire des partenariats, qui prend du temps », et les « lieux d’expression naturels » restent parfois « à créer », a-t-elle considéré.

Elle a toutefois souligné que les Agences Régionales de Santé (ARS) sont mobilisées sur ce sujet. Elles « font des appels à candidatures ou proposent de soutenir des expérimentations dans la structuration des parcours ».

Sophie Martinon pronostique que « l’organisation et la structuration des soins primaires va contribuer » à une dynamique ville-hôpital dans la chirurgie ambulatoire. « A partir du moment où les professionnels libéraux auront réfléchi à leur propre organisation, il sera beaucoup plus facile d’articuler le lien ville-hôpital. »

Selon elle, les pouvoirs publics portent « la question des parcours » au « premier rang » avec « la loi de l’organisation et de la transformation du système de santé et la stratégie e-santé ».

Sophie Martinon a jugé que l’objectif de 70% de chirurgie ambulatoire en 2022 affiché par la ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, « est ambitieux« . Tous les patients « ne peuvent pas être concernés » par la chirurgie ambulatoire et son développement « dépend du case mix de chaque établissement », a-t-elle notamment avancé.

Elle a cité parmi les pistes d’améliorations pour poursuivre le développement de la pratique « la formation initiale et continue et l’accompagnement professionnels de santé »« la culture des équipes « , la « gestion des flux »« l’organisation des équipes »« l’organisation en amont et en aval de l’hôpital »« la question des interfaces ville-hôpital ». Elle a soulevé la question de l’utilisation des outils numériques sur ces organisations, estimant que, par exemple, le programme E-parcours « devrait aussi permettre de rapprocher des équipes hospitalières et de ville ».

APMnews

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