Pendant des décennies, les communes se sont battues pour attirer des entreprises, des commerces, des écoles, des équipements culturels. Aujourd’hui, une autre compétition s’est ouverte, plus déterminante que toutes les autres : celle des médecins. Parce qu’une ville agréable, dynamique, bien desservie, ne vaut rien si ses habitants n’y trouvent plus de médecin.
Nous y sommes. Dans la plupart des grandes villes d’Occitanie, le vieillissement des généralistes n’est plus une hypothèse mais une échéance. Les départs à la retraite sont écrits. Et les jeunes médecins, eux, choisissent.
– Leur territoire, leurs conditions d’exercice, leur qualité de vie.
– Et les collectivités qui auront su leur montrer qu’elles les veulent vraiment.
L’exemple de Sète est éclairant. Sans politique volontariste, la ville pourrait perdre près de 20 % de ses généralistes dans les prochaines années. Un médecin sur deux y a déjà plus de 60 ans. Le creux démographique entre 2029 et 2033 n’est plus une éventualité, c’est un butoir avéré.
Reste une seule question : son ampleur.
Et Sète n’a rien d’un cas isolé. Cette trajectoire concerne, à des degrés divers, la plupart de nos métropoles en Occitanie. Pendant ce temps, des communes voisines avancent : aides financières, locaux clés en main, loyers réduits, parcours d’installation complet. Certaines grandes villes, elles, continuent de penser que leur attractivité naturelle suffira.
Ce n’est plus vrai. Et ça ne le sera plus jamais.
Les jeunes médecins ne s’installent plus au hasard. Ils comparent, ils visitent, ils rencontrent les élus, ils évaluent les projets. Et ils choisissent les territoires qui investissent dans leur avenir.
La santé est devenue un enjeu d’aménagement du territoire, au même titre que le logement, les transports ou les écoles. Favoriser l’installation des professionnels de santé n’est plus seulement une politique sanitaire. C’est une politique de développement territorial. Les élus qui l’ignorent encore le paieront cher.
Heureusement, certains territoires n’ont pas attendu. À Béziers, médecins libéraux, élus et partenaires locaux ont construit ensemble, avec l’appui de l’URPS Médecins Libéraux Occitanie, une réponse concrète pour améliorer l’accès aux soins non programmés et renforcer l’attractivité du territoire. Ils ont compris une chose simple : attendre, c’est déjà perdre. Voir la vidéo.
Ce qui a été possible à Béziers peut se faire ailleurs. À une condition : la volonté politique.
L’URPS est prête à accompagner les collectivités qui veulent construire une vraie stratégie d’attractivité médicale : identifier les besoins, mobiliser les professionnels, monter des projets immobiliers adaptés, accueillir internes et docteurs juniors, développer des dispositifs locaux d’installation.
Les solutions existent. Ce qui manque, ce ne sont pas les outils. C’est la conscience de l’urgence.
Nous ne pouvons plus traiter la désertification médicale comme une fatalité dont l’État porterait seul la responsabilité. Chaque maire, chaque président d’intercommunalité, chaque collectivité dispose de leviers. Modestes, parfois. Mais qui, additionnés, font souvent la différence au moment où un jeune médecin choisit entre deux territoires.
Agir n’est plus une option. C’est une nécessité. Une responsabilité envers les habitants. Une responsabilité populationnelle.
Les communes qui comprendront, dès aujourd’hui, que l’attractivité médicale est une politique publique à part entière construiront l’accès aux soins de demain. Les autres découvriront, trop tard, qu’il est bien plus difficile de faire revenir des médecins que de les attirer.
Jean-Christophe Calmes, président de l’URPS Médecins libéraux