
Placée en redressement judiciaire, l’association Asalée traverse une crise majeure qui soulève des interrogations sur l’avenir de l’organisation des soins primaires. Dans une interview, la docteure Margot Bayart, ancienne présidente désormais écartée au profit d’administrateurs, alerte sur un risque de dissolution du dispositif et appelle à une mobilisation des professionnels de santé.
La procédure en cours place l’association sous administration judiciaire, avec des conséquences immédiates pour les équipes. Si les salaires des quelque 2 000 infirmiers devraient être garantis à court terme, des incertitudes demeurent quant à la rémunération des médecins généralistes engagés dans le réseau. Sur le terrain, cette situation se traduit par une désorganisation et une perte de repères, dans un dispositif qui structurait depuis plus de vingt ans la coopération entre médecins et infirmiers autour du suivi des maladies chroniques.
Au-delà des difficultés financières, la docteure Bayart met en cause les relations avec l’Assurance maladie et évoque un déséquilibre entre les dettes de l’association et les financements attendus. Elle conteste également les critiques formulées à l’encontre de la gouvernance passée et appelle à un audit plus large du pilotage institutionnel.
Surtout, cette crise ravive un débat de fond sur l’évolution des soins primaires. Selon elle, les missions portées par Asalée – éducation thérapeutique, accompagnement des patients chroniques, coordination – pourraient être reprises dans d’autres cadres, notamment au sein des maisons de santé, mais avec une logique organisationnelle différente. Elle redoute ainsi une transformation progressive du modèle, avec un risque de dilution du binôme médecin–infirmier en exercice libéral.
Dans ce contexte, l’enjeu dépasse le seul avenir d’Asalée. Il interroge plus largement la place des professionnels de santé libéraux dans les organisations coordonnées et les orientations futures du système de santé. Pour les médecins de ville, cette situation appelle à une vigilance accrue, tant sur l’évolution des dispositifs de coopération que sur leurs conditions d’exercice dans les années à venir.
Source Le QDM Loan Tranthimy