
La santé périnatale en France se dégrade sur plusieurs indicateurs majeurs. Les dernières données de Santé publique France et de la Drees mettent en évidence une hausse de la mortalité périnatale et infantile, une progression des facteurs de risque maternels et une prise en charge encore insuffisante de la santé mentale des femmes enceintes et des jeunes mères.
En 2024, la mortalité périnatale atteint 11,2 décès pour 1 000 naissances, son niveau le plus élevé depuis plus de dix ans. La mortalité infantile poursuit également sa progression pour atteindre 4,08 décès pour 1000 naissances vivantes, plaçant désormais la France au 21ᵉ rang des pays de l’Union européenne.
Les experts pointent plusieurs facteurs explicatifs : augmentation de l’âge maternel (un quart des femmes enceintes ont désormais 35 ans ou plus), progression du surpoids et de l’obésité, doublement du diabète gestationnel en douze ans et hausse des pathologies hypertensives de la grossesse. Si la prématurité globale diminue légèrement, les naissances extrêmement prématurées, associées à un risque très élevé de décès, restent en augmentation.
Les données révèlent également de fortes inégalités sociales et territoriales, avec une mortalité périnatale nettement plus élevée dans les territoires les plus défavorisés et dans les départements d’outre-mer.
Pour la première fois, Santé publique France dresse aussi un état des lieux de la santé mentale périnatale. Deux mois après l’accouchement, 17 % des femmes présentent des symptômes dépressifs, 27 % des symptômes anxieux et 5,5 % déclarent des idées suicidaires. Pourtant, près des trois quarts des femmes en difficulté psychologique pendant la grossesse ne bénéficient d’aucune prise en charge. L’entretien postnatal précoce, obligatoire depuis 2022, n’est réalisé que pour une femme sur quatre.
Face à ces constats, la mission nationale sur la périnatalité préconise une refonte de la gouvernance, la création d’un registre national des naissances, une actualisation des décrets de périnatalité et un renforcement des parcours de prévention avant et après la naissance.
Ces résultats rappellent l’importance d’un repérage précoce des facteurs de risque, d’une vigilance accrue vis-à-vis des pathologies métaboliques et cardiovasculaires de la grossesse, ainsi que du dépistage systématique de la souffrance psychique périnatale. Ils soulignent également le rôle central des professionnels de premier recours dans l’orientation des patientes vers les dispositifs de suivi et d’accompagnement adaptés.
Consulter les données sur le site de Santé publique France
Source Le quotidien du médecin, Elsa Bellanger