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« En mer, on oublie pendant quelques heures la vie professionnelle » Eve Payan, « Guérir en mer »

Et si prendre le large permettait aussi de prendre soin de soi ? Médecin anesthésiste-réanimateur au CHU de Nîmes, Ève Payan raconte son expérience avec « Guérir en mer », une association qui propose aux soignants des sorties en voilier comme espace de déconnexion, de ressourcement et de partage. Une démarche à laquelle elle s’engage désormais en tant que vice-présidente de l’antenne de La Grande-Motte.

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INTERVIEW

Pouvez-vous nous raconter votre première expérience avec ce dispositif que l’on appelle « Guérir en mer » ? Comment cela s’est-il passé ?

Ève Payan : Ma première expérience, c’était la toute première sortie organisée par l’antenne de Guérir en mer de La Grande-Motte, à l’automne 2025. La sortie avait d’abord été décalée en raison de conditions climatiques défavorables, mais elle a finalement pu être reprogrammée, cette fois avec des conditions excellentes.

Cette première expérience a été vraiment très bénéfique sur tous les plans, encore plus que je ne l’imaginais. Il y a eu la rencontre avec des personnes que l’on ne connaissait pas, qui permet vraiment d’ouvrir de nouveaux horizons, et puis ce temps de navigation extrêmement apaisant, je dirais même ressourçant.

Nous avons passé une bonne partie de la journée en mer. C’était vraiment presque idyllique. Il y avait des moments où nous pouvions manœuvrer un peu. C’était d’ailleurs un souhait que j’avais exprimé en embarquant : les personnes qui pilotaient le bateau nous ont montré comment barrer et gérer les voiles.

Et puis il y avait des moments beaucoup plus posés, où l’on pouvait simplement ne penser à rien ou échanger entre nous. Une autre participante, issue d’une autre profession, était avec moi. Nous ne nous connaissions pas auparavant, et deux navigants nous accompagnaient.

Nous avons eu des échanges très intéressants sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, nos passions, nos loisirs, mais aussi sur la navigation elle-même. C’était vraiment une très belle journée, avec des échanges très riches.

C’était votre première fois sur un voilier ?

Ève Payan : Non, j’avais déjà eu une expérience de voile légère, principalement en catamaran dans ma jeunesse. Ensuite, j’ai fait quelques week-ends sur des voiliers habitables avec des amis.

J’avais donc quelques rudiments de navigation, mais je suis très loin d’avoir une autonomie ou de véritables compétences dans ce domaine. Et surtout, il n’y a absolument aucune compétence particulière nécessaire pour participer aux sorties de Guérir en mer. Certaines personnes n’avaient réellement jamais mis un pied sur un voilier.

Ève Payan : Je ne sais pas si l’on peut définir Guérir en mer comme un dispositif de soins, car cette définition suppose des critères qui ne sont peut-être pas tous remplis par les sorties. Je préfère donc ne pas m’avancer sur ce terrain.

En revanche, dans la pratique, les effets peuvent être multiples. Cela peut être préventif pour quelqu’un qui se trouve dans une situation où il est presque « sur le fil » : stress, tension, épuisement lié à une accumulation de charge mentale, qu’elle soit professionnelle ou liée à des événements de vie difficiles.

Cela peut concerner des personnes qui sentent que la situation devient compliquée, des personnes authentiquement en situation de burn-out ou d’épuisement professionnel, mais qui ne s’en sont peut-être pas encore rendu compte ou n’ont pas encore mis de mots dessus.

Il peut également s’agir de personnes qui ont identifié leur difficulté et ont déjà commencé à travailler dessus, parfois en arrêt de travail. Et puis de personnes qui en sont sorties, qui ont éventuellement repris leur activité, mais qui sentent qu’elles ont besoin d’une aide supplémentaire pour retrouver et maintenir un équilibre.

Je dirais donc que cela peut être à la fois préventif et, dans certaines situations, presque curatif, ou constituer une béquille supplémentaire pour les personnes qui reprennent leur activité.

L’effet, je le définirais avant tout comme un apaisement et une reconnexion à la nature. Cela peut être assez proche de ce que l’on ressent lors d’une sortie en montagne : on se reconnecte de façon très concrète à son environnement.

Sur un bateau à voile, il faut composer avec le vent, les vagues, la houle, les animaux, les bouées ou encore les autres bateaux. Ce sont des éléments très concrets, très simples, presque primaires. C’est, d’une certaine façon, un retour aux sources.

Il y a aussi tout l’apaisement lié au fait d’être en pleine nature. On sait aujourd’hui que les activités dans la nature, que ce soit en mer, en montagne ou en forêt, peuvent contribuer au bien-être.

En voile, il faut également se concentrer sur la navigation, garder un cap ou participer à la gestion des voiles, mais sans que cela représente une charge trop importante. Je pense que c’est ce concentré d’éléments qui permet, pendant plusieurs heures, de mettre entre parenthèses la vie professionnelle et le stress du quotidien.

Et puis cette expérience peut donner envie de poursuivre. On peut avoir un véritable coup de cœur pour la voile et décider de pratiquer cette activité régulièrement. Cela peut être l’occasion de découvrir une nouvelle activité et, finalement, d’ouvrir de nouveaux champs des possibles.

Qu’est-ce qui change le lendemain, le surlendemain et dans les jours qui suivent ? Qu’observez-vous ?

Ève Payan : Pour les autres participants, je ne peux évidemment pas parler à leur place. Les ressentis sont très personnels et parfois difficiles à identifier, notamment pour ceux qui n’ont pas l’habitude de mettre des mots sur leurs émotions. Nos générations n’ont pas forcément été formées ou sensibilisées à cela.

Je dirais que l’on retrouve les sensations que l’on peut avoir après une activité physique en pleine nature : une bonne fatigue, à la fois physique et mentale.

Le sommeil peut aussi être plus facile à trouver, plus profond et plus récupérateur que celui que l’on peut avoir après une journée de travail éreintante et stressante, avec des ruminations ou des pensées anxieuses.

Après une journée de voile, on peut être physiquement fatigué, selon l’intensité de l’activité, mais on a aussi vécu beaucoup d’émotions et profité d’une belle journée. Le sommeil peut alors arriver plus facilement.

Dans les jours qui suivent, il peut rester l’envie de renouveler l’expérience, ou simplement le constat que cela a fait du bien. Et cela peut amener à se demander comment reproduire cette expérience : retourner en mer, pratiquer une autre activité ou simplement rechercher régulièrement des moments qui nous procurent ce bien-être.

Pourquoi ne pas intégrer ces moments de manière régulière dans son emploi du temps ? C’est en tout cas une réflexion que cette expérience peut susciter. Mais je ne peux évidemment pas généraliser à l’ensemble des participants ou des soignants.

Vous êtes désormais vice-présidente de l’antenne de La Grande-Motte de l’association Guérir en mer. Qu’est-ce qui vous a motivée et quel sera votre rôle ?

Il existe aujourd’hui plusieurs antennes de Guérir en mer, notamment à La Grande-Motte et à Perpignan. L’association existe depuis plusieurs années et la première antenne a été créée à Marseille par Marine Crest-Guilluy, elle-même médecin généraliste et très engagée dans la prévention des risques psychosociaux, notamment chez les soignants et les médecins.

Marine Crest-Guilluy

J’ai rencontré Marine lors de la soutenance de thèse d’une amie dont elle était directrice de thèse. Elle m’a alors parlé de la création prochaine de l’antenne de La Grande-Motte. C’est comme cela que le lien s’est créé.

Lorsque je suis arrivée à la première sortie de Guérir en mer à La Grande-Motte, j’avais déjà envie de m’investir davantage dans l’association. Les échanges que j’avais eus avec Marine sur l’association de Marseille et les autres antennes m’avaient fortement intéressée et motivée.

J’ai donc participé à cette première sortie comme simple participante et comme soignante. À la fin de la journée, j’ai demandé à Mathilde Potignon, qui avait fondé l’antenne de La Grande-Motte, s’il y avait besoin d’aide, de bénévoles actifs ou de membres pour le bureau.

Elle m’a répondu : « Oui, nous sommes encore aux balbutiements, donc toute aide est la bienvenue. »

Et ensuite, les choses se sont mises en place assez naturellement.

Guérir en mer s’adresse-t-il uniquement aux médecins ou à tous les soignants ?

À tous les soignants et aux professionnels paramédicaux, qu’ils soient libéraux ou hospitaliers.

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