
Les anticorps conjugués médicament, ou ADC, représentent une avancée majeure en oncologie. Ces molécules hybrides associent la spécificité d’un anticorps monoclonal à la puissance d’une chimiothérapie, appelée payload, reliée par un linker. Cette combinaison permet de cibler la cellule tumorale tout en limitant l’exposition des tissus sains, offrant ainsi une forme de chimiothérapie plus « intelligente ».
Le fonctionnement est simple mais ingénieux : l’ADC se fixe sur un antigène exprimé à la surface des cellules cancéreuses et est ensuite internalisé. Le linker se clive à l’intérieur de la cellule, libérant le cytotoxique pour détruire la cellule cible. Certains payloads lipophiles, comme la MMAE ou le SN-38, peuvent diffuser vers les cellules tumorales voisines, augmentant l’efficacité lorsque la cible est hétérogène. D’autres, plus hydrophiles, restent confinés à la cellule ciblée.
Au-delà de leur action cytotoxique, certains ADC possèdent des mécanismes d’action complémentaires. Par exemple, le brentuximab vedotin combine la cytotoxicité directe avec l’activation du système immunitaire (ADCC), tandis que les ADC dérivés du trastuzumab, comme KADCYLA ou ENHERTU, ajoutent une inhibition de la signalisation oncogénique HER2.
Comme toute thérapie ciblée, les ADC peuvent provoquer des effets indésirables. Ceux-ci peuvent être liés au cytotoxique ou à la cible elle-même, lorsque celle-ci est également présente dans des tissus sains. Ainsi, des toxicités cutanées sont observées avec l’enfortumab vedotin (cible : nectin‑4) et des effets oculaires avec le mirvetuximab soravtansine (récepteur alpha des folates).
Aujourd’hui, les ADC représentent encore une faible proportion des médicaments du cancer signalés pour effets indésirables, mais plus de 200 ADC sont en développement clinique et plus de 400 essais sont en cours dans le monde, ce qui laisse prévoir une expansion rapide de cette classe thérapeutique.
En résumé, les ADC offrent une chimothérapie ciblée et puissante, capable d’épargner les tissus sains et d’augmenter l’efficacité contre les cellules tumorales, tout en nécessitant une surveillance attentive des effets secondaires, à la fois liés au cytotoxique et à l’expression de la cible.
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