Organisé par l’URPS, un séminaire de l’innovation en santé a débattu de l’avenir

La réflexion sur les innovations pour améliorer le système de santé fait l’objet de débats au sein de l’URPS – Médecins libéraux. L’Occitanie est une région constituée de nombreux territoires aux conditions diverses et variées qui nécessitent en matière sanitaire des innovations adaptées, échappant à un moule uniforme national ! Fort de ce principe, un séminaire d’une très grande qualité s’est tenu début octobre à Toulouse. Organisé par l’Union régionale sur des innovations qui sont lancées… ailleurs, dans d’autres pays occidentaux, il a été question de retenir les meilleures, et d’essayer d’établir une méthodologie qui permettrait de répondre au mieux aux exigences locales de l’Occitanie.

Il faut refonder le système de santé au niveau de son organisation nationale, estime le Dr Marie-Josée Renaudie, coordonnatrice de la commission Innovation en Santé de l’URPS : « Mais nous ne voulons plus, dit-elle, d’un modèle rigide à dupliquer sur tout le pays, et donc inadapté dans de multiples territoires. Nous avons conscience que cela passera par des innovations adaptées aux conditions locales. » La commission a donc décidé d’ouvrir le débat en organisant début octobre un séminaire dont « le but est la recherche d’une amélioration de notre système. Un système, et c’est notre préoccupation, dont nous souhaitons garder la maîtrise ! »  Les participants à ce séminaire sont allés à la découverte des innovations des systèmes de santé des pays environnants au mode de fonctionnement proche du nôtre. « Ce tour du monde autorise une réflexion conduisant à de nombreuses questions, explique le Dr Marie-Josée Renaudie. Ainsi, en confrontant ce qui se fait dans les autres pays avec notre système de santé, qu’est-ce qui nous paraît souhaitable ? »

Parmi les spécialistes français qui ont étudié les organisations étrangères et qui ont participé à ce débat, Joseph Tedesco, directeur général du Centre National d’Expertise Hospitalière (CNEH) s’est penché sur les organisations américaines Obama care. Il a ainsi étudié des expériences très innovantes qui n’ont pas manqué de surprendre l’assistance. L’un des grands problèmes du système américain de prestations de soins est de tout faire porter par les médecins et les hôpitaux. Ainsi, un patient polypathologique verra plusieurs praticiens avec des conséquences fâcheuses : une redondance des soins, pas de coordination et des soins coûteux. Les professionnels de santé américains ont alors imaginé un nouveau lieu et un nouveau métier. Selon eux, se rendre d’abord au cabinet du généraliste, au cabinet du spécialiste et à l’hôpital relève de « l’ancien paysage ». Le nouveau lieu qu’ils ont créé : un centre qui héberge la pharmacie, la clinique, là où se fait le diagnostic, là où se décident les soins coordonnés, la surveillance et les soins prolongés. Comme une gare de triage de la santé, le centre conduit en fonction des besoins le patient vers un spécialiste, une clinique, un cabinet de radiologie. Pour les patients polypathologiques à la prise en charge difficile, l’extensivist – ainsi les américains ont-ils appelé ce médecin aux consultations complexes ! -, réalisera une douzaine de consultations par jour de la durée nécessaire, pouvant dépasser l’heure pour une prise en charge globale. « C’est un modèle qui a beaucoup d’impact dans le milieu du soin. Cela prouve qu’en la matière, les Américains ont un grand sens de l’initiative », dit Joseph Tedesco. Et il ajoute : « Le rôle d’extensivist nécessite un large éventail de compétences (il est décideur unique !) et le désir d’une pratique différente. Tous les médecins ne sont pas prêts ou ne sont pas capables d’assumer ce rôle. »

Autant le système anglais est très encadré et est peu adaptable aux pratiques françaises, comme l’a rappelé Amélie Bages, travaillant à la NHS anglaise, responsable du programme quinquennal pour la prestation de soins de santé mentale, autant les innovations américaines retiennent l’intérêt de tous les observateurs français. Après Joseph Tedesco, c’est au tour de Natacha Lemaire, rapporteure générale du conseil stratégique de l’innovation en santé au Ministère des solidarités et de la santé, d’apporter sa réflexion sur les pays précurseurs et leurs expériences, notamment en coordination de soins. Selon elle, les Américains ont un véritable sens de l’initiative au service de la santé publique que, semble-t-il, n’ont pas suffisamment les Français. Natacha Lemaire a pu observer pendant un an à l’université d’Harvard toutes les organisations Obama Care et a pu apprécier « un dynamisme très imaginatif qui permet de faire toutes sortes d’innovations. » Elle en veut pour preuve, dans un système de santé excessivement cher et où un modèle d’exercice de la médecine indépendante est en crise, Medicare qui a une influence grandissante. Ce service d’assurance-santé fédéral pour les plus de 65 ans a réuni des groupes de médecins, des hôpitaux ou autres offreurs de soins pour délivrer des soins coordonnés de haute qualité à leurs patients Medicare. Même s’il ne résout pas les difficultés structurelles du système, ce modèle, où dominent le caractère non obligatoire du programme et la liberté de choix et d’organisation, est attractif pour les médecins indépendants.

Mais finalement quelle définition peut-on donner à l’innovation en matière de santé ? C’est la question à laquelle deux intervenants ont tenté de répondre. Le premier, Dominique Pon, en prenant un seul exemple : après la révolution scientifique, la révolution industrielle, voici venir la révolution NBIC (Nanotechnologies, Biologie, Informatique et Cognitique) dont la principale utilisation sera la lutte contre la maladie.

Selon le directeur de la Clinique Pasteur de Toulouse, qui a la direction d’une mission ministérielle sur le chantier numérique de la stratégie de transformation du système de santé, l’innovation sera sans limite, tant en génie biologique ou en génie cybernétique qu’en génie inorganique ou en e-thérapies et nouveaux traitements. La question que pose Domique Pon tourne en fait autour de l’intelligence artificielle et du transhumanisme ? Améliorer certains aspects de la condition humaine tels que le handicap, la maladie, la souffrance, le vieillissement ou la mort, pourquoi pas, mais à quel prix ?  C’est la raison pour laquelle il estime que le virage numérique en santé, qui peut être au service du patient avec une plateforme personnalisée connectée, doit s’opérer dans un cadre éthique. Plutôt pessimiste (« on peut craindre le pire en la matière ! »), le directeur de la Clinique Pasteur de Toulouse pense qu’il est encore temps de sécuriser l’espace du patient, à condition qu’une volonté politique accompagne la définition de ce cadre éthique. Second intervenant pour la question originelle de l’innovation, Frédéric Bizard dresse, avant d’y répondre, un tableau sombre du système à la française : un système de santé qui est frappé de crises différentes, qui subit les errements des pouvoirs publics et les échecs des politiques publiques, et qui perd la confiance des citoyens. L’économiste, professeur à Sciences Po, souhaite la refondation d’un nouveau modèle social, avec, dit-il, « la santé qui est de loin la réforme la plus complexe à opérer sur le plan politique ».

Parmi les pistes pour une refondation concernant la santé, il faut, à côté d’un nouveau modèle social, une évolution de l’accès aux soins à l’accès à la santé,  favoriser l’économie de l’innovation. Il rappelle, si l’on veut s’éloigner des vieux schémas, que « l’innovation est disruptive.

Elle offre une solution moins chère, plus accessible, simplificatrice et bouleversant le paysage compétitif et le système économique d’une sphère donnée ». Il complète cette définition en précisant qu’il est « difficile pour des sociétés leader ou des institutions de réussir à créer ces innovations ».

Appliquer cette théorie à la santé est complexe, voire hasardeux. Pourtant, on peut le faire, selon Frédéric Bizard, sous quatre conditions : des technologies sophistiquées et simplificatrices (biotech, nouveaux dispositifs médicaux ou molécules, dispositifs de diagnostics, e-technologies) ; une innovation économique à forte valeur ajoutée ; un nouveau système de valeur ; un régulateur, dont les pouvoirs publics, qui doit mettre en place les conditions financières, techniques et organisationnelles cohérentes, n’entravant pas le changement mais le facilitant.

Toutes ces pistes, « de qualité », selon le Dr Marie-Josée Renaudie, donneront du grain à moudre aux membres de la commission Innovation en Santé de l’URPS, qui souhaitent sur ce sujet de l’innovation, et particulièrement celle adaptable au territoire d’Occitanie, poursuivre leur réflexion.

Philippe Meursault

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