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Les spécialistes de l’assistance médicale à la procréation surpris par la vague des demandes de femmes seules

Près de 11 800 consultations ont été réalisées pour ces nouveaux publics au 31 décembre 2022

Aujourd’hui, au vu de leur pratique, les spécialistes de l’assistance médicale à la procréation se disent surpris par la place prise par les demandes provenant de femmes non mariées, ne cachent pas leur malaise face à certaines situations, invoquant leur responsabilité vis-à-vis de l’enfant à naître.

Selon les dernières données nationales disponibles issues du comité de suivi de la loi de bioéthique, au 31 décembre 2022, 23 800 demandes de prise en charge en AMP avec don de spermatozoïdes pour des couples de femmes ou des femmes non mariées avaient été faites et près de 11 800 consultations avaient été réalisées pour ces nouveaux publics, dont 51 % pour des femmes non mariées.

La liste d’attente pour un don de spermatozoïdes s’élevait au 31 décembre 2022 à près de 5 650 candidats, dont 26 % de couples hétérosexuels, 36 % de couples de femmes et 38 % de femmes non mariées, avec un dossier complet. Les premières tentatives réalisées pour ces publics, environ 2 000 à cette même date, ont concerné des femmes non mariées dans 53 % des cas. « On a été surpris de la place prise par les demandes d’AMP de femmes non mariées », explique Charlotte Dupont, responsable de l’unité fonctionnelle biologique et Cecos du centre de fertilité de l’hôpital Tenon (Paris, AP-HP). Ces demandes posent beaucoup d’interrogations sur les cas particuliers, « qui ne sont pas si rares », comme les âges extrêmes, l’isolement social, la précarité, le handicap, l’absence de rapport sexuel. 

Les demandes de femmes non mariées sont les plus grandes sources de questionnements en réunion de concertation pluridisciplinaire : « Au CHU de Rouen, témoigne le Pr Rives, les interrogations et les questionnements, les hésitations les plus importants concernent les femmes non mariées ». Pour les femmes non mariées célibataires ou en couple âgées de plus de 35 ans, c’est la pression majeure liée à l’horloge biologique qui les incite à avoir recours à l’AMP avec tiers donneur. « Dans cette population, on a une catégorie socio-professionnelle issue de l’enseignement supérieur, et un certain nombre de femmes qui étaient en couple et ont eu une séparation récente, avec là encore la pression de l’horloge biologique. Il y a aussi des femmes en couple avec un conjoint qui n’a pas de projet d’enfant à court terme ou exprime un refus du projet d’enfant. Cela questionne car on s’interroge sur comment elles vont pouvoir gérer l’AMP et arrêter la contraception et ne pas avoir de grossesse avec le conjoint masculin, comment le conjoint va supporter la grossesse, et même s’il n’est pas le parent de cet enfant, il devra assurer au quotidien, s’il reste en couple, l’éducation de cet enfant, la prise en charge, etc. Cela nous interroge beaucoup sur ce refus d’être reconnu comme parent mais d’assurer les fonctions de père ou mère social sans l’être sur le plan légal. » Dans la cohorte de patientes de l’hôpital Cochin (Paris, AP-HP), ce profil représente 10 % des demandes de femmes non mariées.

 

(source APMnews)

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