Au quotidien avec la pandémie : Jean-Marc Castadère, médecin généraliste à L’Isle-Jourdain (Gers)

« Il y a chez chaque médecin un fond d’angoisse qui sourd silencieusement. »

Le Dr Jean-Marc Castadère exprime parfaitement ce que ressentent de nombreux médecins libéraux, qu’ils en soient conscients ou non. Écoutons-le : « Je suis plus fatigué dans les journées où je vois moins de patients. Tout vient du changement de rythme, de l’inquiétude, de l’amoncellement de messages. C’est épuisant. La fatigue issue de ce faux rythme est difficile à expliquer à mes proches.

Il y a chez chaque médecin un fond d’angoisse qui sourd silencieusement. On se dit : un décès pour 1000 patients signifie que ce n’est pas aussi grave. Mais nous avons régulièrement des messages de nos confrères de Mulhouse ou de l’Est qui nous apprennent que Pierre est décédé, Paul est en réa… Avec ces informations en tête, nous sommes partagés. Nous pensons être privilégié mais on se sait potentiellement à risques, potentiellement contaminé.

Tout a commencé le week-end du 15 mars avant le confinement. Pour surmonter ces difficultés que l’on sentait venir et ces inquiétudes latentes, nous avons créé un groupe d’échanges entre médecins de mon département tout d’abord. Puis nous avons élargi à d’autres praticiens avec qui nous avons travaillé dans le passé et qui exercent dans d’autres départements de la région, soit en tout 68 personnes. De nombreux confrères, un peu perdus, se sont sentis moins seuls en échangeant avec des médecins, des pharmaciens, et également des infirmières. Comme le groupe est devenu trop important, nous avons créé cinq sous-groupes en fonction des bassins de vie.

Aujourd’hui, il y a environ 250 professionnels de la santé de la région qui communiquent entre eux. Cette communication est une forme de barrière au stress. Après 25 ans d’exercice, en étant de garde, je ne me sentais pas inquiet jusqu’à présent. Quand je suis allé faire ma première garde de médecin mobile le 20 mars, sans aucun matériel de protection adapté, je me suis senti vulnérable. Ce n’est pas ma santé propre qui me préoccupait mais je craignais de ramener le virus chez moi. J’ai fait marcher le système D. Je suis allé récupérer une combinaison de Gamm Vert utilisée habituellement pour faire le traitement des arbres, des sabots de jardin, un masque FFP2 périmé, des lunettes de protection de débroussailleuse et j’ai pris une grande caisse en plastique. Je l’ai mise dans le coffre de ma voiture avec tout mon matériel, mes gels hydroalcooliques, mes gants pour essayer de ne pas contaminer l’habitacle de la voiture… et je suis parti faire mes visites comme ça.

Les paysans gersois qui ont vu un cosmonaute arriver dans leur ferme n’étaient pas très étonnés. Ils me disaient : quand il y avait la grippe aviaire, on avait déjà vu ça. »

Pierre Kerjean

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