Au quotidien avec la pandémie : Jean-Claude Lucien, généraliste à Tarbes (65)

« Il y aura un avant-Covid et un après-Covid dans la conception des cabinets médicaux.»

À Tarbes, Jean-Claude Lucien, avec ses 66 ans passés, se considère comme un « vieux médecin», un « vieux syndicaliste ». Il partira à la retraite en juillet prochain. Cette crise sanitaire tombe lors de son dernier tour de piste sur l’arène sanitaire. Il n’a pas l’intention de baisser les bras pour autant, pendant cette deuxième période de confinement en participant pleinement à l’activité bouleversée de la médecine ambulatoire auquel il s’est attelé pendant plus de quarante ans. Il n’a pas l’intention non plus d’arrêter d’observer la profession, comme il le fait depuis longtemps, surtout sur « ses aspects économiques et fonctionnels ».

Comme un sage, il considère la pandémie avec recul et commence par mettre à plat sa réflexion avec une rafale de questions qu’il se pose et que beaucoup se posent, pêle-mêle : « Est-ce une maladie grave ou pas ? Quelles interrogations de la part des patients ? Est-ce que ça va nous tomber dessus ? Comment va-t-on faire ? Est-ce que je vais mourir ? Est-ce que cela va coûter trop cher à l’ensemble du pays ? A-t-on bien agi durant le confinement ? Quelle est la bonne tactique ? Comment mettre à contribution des confrères âgés sans pour autant les exposer ? Comment faire fonctionner un centre Covid quand on n’a plus de matériel ? Quelle est la bonne tactique pour sortir de la crise ? Que faut-il choisir entre confinement et reprise de l’activité ? Si 85 % de la population doit être infectée pour en finir avec l’épidémie, alors comment faire pour être infecté si l’on reste confiné ? Que fait-on à la fin du confinement ? Faut-il ouvrir les écoles, les collèges, les lycées ? … »

À Tarbes, territoire le plus touché du département des Hautes-Pyrénées, qui, lui, est faiblement contaminé (4 réanimations, 77 hospitalisations le 20 avril dernier), le confinement a déclenché une réaction immédiate de la part des médecins libéraux et des infirmières libérales. « Nous avons mis en place tout de suite un centre de consultations Covid, explique le Dr Jean-Claude Lucien. Nos cabinets ne sont pas adaptés du tout aux techniques de désinfection et à la création d’un circuit patients. Il faut imaginer les transformations que cela pose. Par ailleurs, j’ai sorti des blouses, des masques, des charlottes. De toute ma carrière, je n’avais jamais mis un pareil équipement pour consulter. Je crois qu’il y aura un avant-Covid et un après-Covid dans la conception même des cabinets, dans leur fonctionnalité parce que je ne sais pas désinfecter un cabinet comme le mien. Il est inadapté à ce type de pathologie. »

Odile Fraye

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