Au quotidien avec la pandémie : Jean-Christophe Calmes, médecin généraliste à Frontignan (Hérault)

« J’ai l’impression d’être l’officier dans son fort qui attend l’envahisseur. »

 

Le Dr Jean-Christophe Calmes ne veut laisser percer aucune émotion. Pour expliquer son état actuel, il le décrit avec recul, une réelle distance, sans donner plus d’importance à un mot plus qu’à un autre. Il dit : « Je suis fatigué, pourtant mon activité enregistre un véritable recul. Une baisse de consultations est en soi quelque chose de fatiguant. Cela demande une concentration importante., c’est frustrant et cela peut devenir épuisant. Je suis placé devant un paradoxe. Il y a à la fois une distanciation avec les patients, sauf avec quelques-uns dont j’estime que je dois les examiner au cabinet, et un rapprochement avec les autres professionnels de santé avec qui je partage l’organisation des soins, et aussi la quête des moyens de protection qui occupe la majeure partie de notre temps. Il y a ces deux aspects : distance avec les uns, rapprochement avec les autres. Je suis fatigué par la pression permanente, par la tension que représente la visite de patients susceptibles d’avoir le Covid. Le stress est la première charge. La seconde est celle de l’équipement. Je dois suivre des rituels. Je suis tout en blanc, de la tête aux pieds. En quelque sorte, j’enfile ma tenue de combat. Quand j’arrive chez moi, je prends une douche pour me désinfecter. Et je le fais 2 à 3 fois par jour en fonction de mes sorties. Cela est fatiguant. »

Ce médecin généraliste de Frontignan, dans l’Hérault, se définit comme quelqu’un de calme et détendu. Ce n’est pas un sportif, il préfère lire pour se changer les idées. Il cite le livre Le désert des Tartares pour évoquer l’attente d’une vague forte de l’épidémie qui prend son temps à arriver, comme les ennemis aux portes de la citadelle que le héros de Dino Buzzati scrute dans le lointain : « La tension est permanente, dominée par un impératif, celui de maintenir les mesures d’hygiène autant que possible. J’ai l’impression d’être l’officier dans son fort qui attend l’envahisseur. J’espère que, comme lui, je ne verrai jamais l’ennemi arriver. » À la MSP à Frontignan, la pratique collaborative est déjà bien instituée, « mais aujourd’hui on a donné du corps à ces pratiques. On a plaisir à se retrouver, à discuter des stratégies à mettre en place et à échanger ensemble de la protection de notre territoire de vie. Il n’y a pas de retour en arrière possible. Le médecin isolé, sans lien avec les autres, n’existe plus. C’est un exercice gratifiant sur un plan individuel, sécurisant sur un plan professionnel, et enrichissant sur un plan humain. Je ne retournerai pas en arrière c’est sûr. L’épidémie nous a rendu encore plus solidaires qu’auparavant. Le monde de demain n’est pas le monde d’aujourd’hui. Au moins sur ce plan-là. »

Odile Fraye

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