Au quotidien avec la pandémie : Cyrille Chaugne, Médecin généraliste à Toulouse (31)

« En Occitanie, c’est comme si l’épidémie n’avait pas eu lieu ! »

« Je n’ai pas eu peur pour moi. J’ai craint d’exposer des confrères à une possible infection, comme j’avais peur d’exposer des patients fragiles et d’introduire le loup dans la bergerie », dit sans forfanterie le Dr Cyrille Chaugne, président de SOS Médecins Toulouse. Le stress, tous les médecins le subissent, la peur et la dépression en atteignent certains, le médecin toulousain semble ignorer ces deux maux. L’organisation est à ses yeux la meilleure parade. Avant et pendant le confinement. « Nous avons consacré pas mal de temps à organiser notre institut pour finalement assurer le mieux possible la prise en charge des patients », dit-il. « Jusqu’à présent, nous avions un protocole de prise d’appels. Nous enregistrons 70 000 appels par an. Début mars, nous avons réécrit ce protocole pour la circonstance, donc avant l’annonce du confinement. J’ai commencé à commander du matériel de protection dès que j’ai compris que cela allait arriver, c’est-à-dire début février. Il y a eu peu de Covid au début, ce qui nous a permis de bien gérer. Mais après, ils sont tombés comme des insectes. »

La réécriture du protocole avait une raison simple : alors que les membres de SOS Médecins constataient une recrudescence des appels, « il y avait une partie de patients qui avaient des symptômes et étaient anxieux, d’autres se plaignaient de douleurs thoraciques qui avaient des significations particulières pour nous qu’il fallait savoir interpréter. Nous savions que ce n’était pas le contexte habituel. Nous avons fait en sorte qu’il y ait peu de ratés dans nos prises d’appels. Il fallait réguler et prioriser les symptômes. »

Aujourd’hui, avec deux mois de recul, le président de ce service médical libéral d’urgence se dit satisfait : aucun des 65 médecins de son équipe n’est tombé malade, et aucun patient contaminé n’a eu à subir une issue grave. « Je continue à croiser les doigts ». La baisse d’activité a contribué à ce résultat : « Avant le confinement, nous étions en surcharge de notre activité de médecins. Dès lors que le confinement est arrivé, nous avons connu une activité normale de fonctionnement ». Une activité qui a fini par décroître comme partout. Alors que nous entrons dans une période de déconfinement progressif, le Dr Cyrille Chaugne craint qu’il n’entraîne, peut-être, une relance de l’épidémie : « Je ne peux pas être donneur de leçon, car je ne sais pas déterminer la meilleure manière de faire. Comment se remettre à l’ouvrage, sans exposer les populations ? Le secret reste, encore, d’avoir une organisation qui permette de s’adapter. J’espère qu’il n’y aura pas d’erreurs, c’est possible d’en éviter si nous nous organisons. C’est d’autant plus difficile dans notre région qui a été relativement épargnée, car, en Occitanie, c’est comme si l’épidémie n’avait pas eu lieu ! »

Philippe Meursault

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