Au quotidien avec la pandémie : Anne Blandino-Paulin, généraliste à Lafrançaise (82)

« On ferme, on se met en repli et on réfléchit. »

« Je suis dans le désert des déserts du Tarn-et-Garonne ! » Le Docteur Anne Blandino-Paulin a monté à Lafrancaise, petit village de 3000 âmes placé au confluent du Tarn et de l’Aveyron, ce qu’elle appelle « un projet très particulier, original et atypique pour faire face à la crise sanitaire ».

Elle est associée avec un médecin retraité actif, le Dr Michel Carlin, et elle a ouvert une maison de santé il y a juste un an. « Notre démographie médicale est très défavorable sur notre communauté de communes de 10 800 habitants. Nous étions déjà en Zone d’Intervention Prioritaire avant le départ de trois de nos confrères en juin dernier. Ceci explique que nous sommes particulièrement sinistrés sur notre territoire avec 4 000 patients sans médecin traitant. » Le dimanche 15 mars au matin, elle provoque une réunion entre médecins et infirmières libérales pour 13h.

« Nous nous sommes dit : On ferme, on se met en repli et on réfléchit. Nous, médecins, nous avons décidé de faire annuler tous les rendez-vous pris pour la semaine, d’assurer uniquement les actes incompressibles, et de débuter des téléconsultations. Les infirmières ont réduit leur tournée de 80 %. Les kinés, la podologue, les psychomotriciennes, l’ergothérapeute, la psychologue, la diététicienne ont suspendu leurs activités. Au bout de trois jours, j’ai eu cette idée de plate-forme en lien avec mon ami le Dr Raphaël Lozat et son projet du Centre COV-19 de Moissac ».

Il s’agit d’un système de plate-forme téléphonique, se composant de trois plateaux. Le secrétariat est en plateau 1 avec les secrétaires qui assurent habituellement la permanence, accompagnées d’autres secrétaires venus en renfort, notamment des réservistes civiques. En plateau 2, nous avons des bénévoles paramédicaux : podologues, kinésithérapeutes, infirmières, ergothérapeute…, et également des étudiants en médecine de troisième et quatrième année venus sur la structure faire de la pré-régulation. Ils interrogent les patients qui appellent, et renseignent le dossier informatique à l’aide d’un questionnaire Cov pour Coronavirus. En plateau 3, il y a les deux médecins, un interne en 9e année et une remplaçante qui vient à titre bénévole. Les médecins régulent tous les appels. « Nous avons ouvert deux salles sur notre site de 800 m2 pour recevoir les patients, explique le Docteur Anne Blandino-Paulin, nous avons ainsi la possibilité de recevoir dans notre salle de premiers soins ou d’urgence, les patients suspects de Covid-19 selon un protocole d’hygiène strict mis en place avec l’aide de notre infirmière Asalee. Il y a une phase de décontamination très rigoureuse après chaque consultation de patient, c’est très lourd.» Depuis le 23 mars, la MSP fonctionne en mode plateforme, comme décrit dans le projet que la médecin tarn-et-garonnaise a défini en partenariat avec les élus locaux. « Un projet dont je suis très fière et que j’ai adressé à Maurice Bensoussan, à l’ARS, à la CPAM.»

Philippe Meursault

_________ (*) La moyenne nationale en IPL (indice pour l’accès aux soins) détermine les déserts médicaux.

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